DATE DE PUBLICATION 03/12/2025

Les conditions d’une véritable co-construction des politiques publiques qui bénéficierait aux territoires

En octobre, la Fabrique à Initiatives est intervenue au Forum Mondial de l’Economie Sociale et Solidaire (GSEF) à Bordeaux, pour parler de la participation citoyenne et la co-construction des politiques publiques. L’occasion de partager nos réflexions et expériences en la matière, sur la base de nos expériences dans le Limousin et en Europe…

 

Depuis 2018, la Fabrique à Initiatives mène des démarches de participation citoyenne à travers différents projets dans le Limousin. Depuis 2023, nous travaillons avec la Région Nouvelle-Aquitaine sur l’évolution de la Stratégie Régionale de l’ESS dans le cadre du projet Interreg CASPER, en allant à la découverte d’initiatives similaires dans d’autres pays européens. En octobre 2025, nous avons eu l’occasion de partager quelques-unes de nos réflexions sur la base de cette expérience, à l’occasion d’une table-ronde organisée pour le Forum Mondial de l’ESS à Bordeaux. Le sujet : “Participation citoyenne et revitalisation des territoires : vers une co-construction des politiques publiques ?”.

Alors, comment faire pour réellement co-construire une politique publique ?

 Le préalable, c’est évidemment des élu·es motivé·es, convaincu·es de l’intérêt et du potentiel de la co-construction pour le territoire. Si besoin, de nombreuses ressources existent pour sensibiliser à ces dynamiques – comme notre jeu de rôles sur la participation citoyenne ! Une fois l’équipe engagée, tout l’enjeu est de développer un climat de coopération avec les actrices et acteurs locaux. Pour cela, voici quelques leviers et pistes de réflexion…

Levier n°1 : une posture de neutralité et des compétences spécifiques

Recueillir la parole des habitant·es demande une posture spécifique, des outils adaptés et de réelles compétences. L’intervention d’un tiers neutre, sans intérêt particulier dans la démarche, est souvent très bénéfique pour libérer la parole et mener à une résolution plus objective, où chacun·e peut se sentir entendu·e.

Levier n°2 : un langage simple

Être sobre, concret, direct. On fait souvent appel à la parole citoyenne pour des projets complexes et stratégiques, difficiles à résumer en quelques mots ; c’est pourtant la clé pour qu’un maximum d’habitant·es se sentent concerné·es et aient envie de participer à l’aventure. Nous recommandons également de clarifier le sens des mots importants, pour éviter toute interprétation personnelle qui pourrait mener à des quiproquos, frustrations ou déceptions.

Levier n°3 : de l'écoute

De toutes les compétences que requiert la coopération, l’écoute est sans conteste la plus importante ! Savoir susciter et accueillir la parole de l’autre, sans chercher à conseiller ou convaincre, est essentiel pour la co-construction. Notre rêve : des formations à l’écoute empathique pour tous·tes !

Levier n°4 : visibilité et transparence

Pour faire quelque chose ensemble, les gens ont besoin d’un cap et d’une feuille de route clairs. Rendre visibles les objectifs, le rôle attendu de chacun·e, les étapes et le calendrier, c’est essentiel pour que la coopération se déroule dans de bonnes conditions. Plus les choses sont claires, moins il y a de suppositions, et donc de ressentiment. Même si on ne sait pas, ou si on attend des validations par exemple, en informer les parties prenantes permet de limiter le mécontentement et de faire appel à l’empathie d’autrui – vous verrez, ça marche !

Levier n°5 : s'accorder du temps

La co-construction, c’est comme faire pousser une plante : cela demande du soin, et du temps. Du temps pour s’approprier les enjeux, apprendre à se faire confiance et à travailler ensemble, s’écouter, débattre et affiner les lignes du projet – autant d’étapes essentielles pour la maturation des idées.

Levier n°6 : accepter l'incertitude

Co-construire quelque chose, c’est accepter de laisser une vraie place à l’autre – et donc, de ne pas avoir la maîtrise du résultat. Parfois, les projets que les gens souhaitent voir advenir sont très simples… et cela peut créer un décalage avec les attentes des commanditaires, qui souhaiteraient voir se développer un projet innovant et grandiose. Tout peut arriver dans un projet participatif, il faut en accepter l’éventualité.

Pour conclure

Ces différents leviers sont autant de pistes de réflexion ; à la Fabrique, ils nous guident dans l’amélioration de nos pratiques, et nous essayons de les transmettre afin de contribuer à la diffusion de méthodes coopératives dans un maximum d’espaces. Pour conclure, citons quelques-unes des initiatives qui nous inspirent à cet égard :

 

  • Dans le Limousin, la démarche “Veyrac tiers-village” développée par la municipalité, où de nombreux habitant·es ont été formé·es aux méthodes d’intelligence collective, afin de pouvoir animer des ateliers en autonomie ;
  • En Finlande, les après-midis thématiques “qu’est-ce qui te saoule ?”, où les jeunes sont invités à s’exprimer sur leurs insatisfactions autour d’une pizza, avec des actions concrètes mises en place dans les 2 mois en réponse aux problématiques soulevées ;
  • Autour de Poitiers, les podcasts de La Traverse font dialoguer les voix d’habitants d’une même commune, brossant un portrait multifacettes de villages de campagne face aux enjeux actuels, dans un format qui entraîne des personnes différentes à s’écouter avec curiosité.

 

Quelques exemples montrant qu’il existe mille manières de concrétiser la coopération au quotidien ! Il appartient ensuite à chacun d’entre nous de trouver son propre chemin, les processus de coopération et de participation citoyenne nécessitant avant tout sincérité et honnêteté.